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« Enquêtes exploratoires pour l’ALMaz (Atlas Lingüístico Mazateco). Elicitation croisée, entre typologie et codification d’une langue otomangue » (2010)

Grenoble, Géolinguistique 11, pp. 59-109

Les langues otomangues constituent un phylum linguistique parmi les plus diversifiés, et probablement parmi les plus anciens d’Amérique (Kaufman 2006, Longacre 1967). Bien qu’une reconstruction solide et fiable du phylum soit possible (Rensch 1976) et de ses différentes composantes (Longacre 1957, 1966 ; Mak & Longacre 1960 ; Suarez 1973 ; Swadesh 1947 ; Fernandez de Miranda 1995-[1966] ; Gudschinsky 1959 ; Kirk 1966, etc.), la distance entre les sous-familles de ce groupe génétique1 n’en reste pas moins déconcertante2, comparée aux différences structurales observables dans d’autres phylae mésoaméricains (mixe-zoque ou maya, bien plus denses sur le plan structural). A priori, les très grands écarts structuraux, notamment en termes d’inventaires lexicaux et de choix des racines et des éléments spécifieurs qui donnent aux lexèmes leurs formes variables, entre langues otomangues, rend très difficile la conception et la réalisation d’atlas linguistiques. Le présent article aura pour objectif de présenter les premières avancées d’une enquête pilote, en suivant trois lignes d’action : de compilation, de collecte et de conceptualisation. Dans le cadre d’un projet quinquennal IUF de géolinguistique mésoaméricaine (2009-2013), le MaMP, les données de langues otomangues orientales (essentiellement tu’un savi ou mixtec, zapotec et mazatec) de provenance diverse (Bradley & Josserand 1982, Rendon 19953) ont été rassemblées dans des bases de données cartographiques, ouvrant un horizon de traitement géolinguistique de langues d’un haut de gré de diversification interne. Des prototypes ont été créés, à l’aide de la cartographie automatisée développée au CELE4, dont on voit ci-dessous l’un des produits. Cette approche permet de mettre en valeur les convergences, les grandes dynamiques structurales qui fédèrent le macrosystème otomangue, du point de vue de ses caractéristiques typologiques héritées, mais ne dispense pas pour autant d’enquêtes complémentaires ou de vérification sur le terrain, bien au contraire. La phase de compilation atlantographique doit mener dans une deuxième temps à une phase d’enquêtes de terrain, de révision et d’extension des données mises à la disposition des chercheurs et des usagers de la langue. Ces atlas compilatoires, qui peuvent aussi bien, en termes d’édition des cartes, ne pas dépasser le stade de la base de donnée cartographique sous format électronique, servent par ailleurs de maquettes ou de bancs d’essai à des atlas plus classiques dans la méthodologie : collecte, édition cartographique et analyse de données de première main, avec une campagne d’enquêtes systématiques sur le terrain.